Accueillir un chiot, l’accompagner dans ses découvertes, le voir grandir… puis le laisser poursuivre sa formation auprès de HANDI’CHIENS. C’est l’engagement de Laetitia, famille d’accueil bénévole.
Aujourd’hui, elle nous parle de Blue, une jeune Labrador noire de cinq mois, de leur quotidien et de ce que cette aventure lui apprend sur les chiens, mais aussi sur elle-même.
Je travaille actuellement dans l’administration, après avoir été éducatrice spécialisée. Les chiens me passionnent depuis l’enfance. À l’âge adulte, j’ai attendu d’avoir une maison avant d’en accueillir. J’ai ensuite partagé quatorze années avec mes deux chiennes.
Après leur disparition, j’avais décidé de ne pas reprendre de chien. Je m’absentais trop d’heures chaque jour et je culpabilisais à l’idée de ne pas pouvoir lui consacrer assez de temps. Mais ma passion, elle, était toujours là. Aujourd’hui, je suis bénévole comme famille d’accueil pour HANDI’CHIENS.
Après mon diplôme d’éducatrice spécialisée, j’avais postulé à l’école de chiens guides de Vincennes. J’ai finalement choisi de partir vivre en province.
En 2017, trois ans après le décès de mes chiennes, j’ai rencontré par hasard une dame âgée qui marchait avec une canne et un Labrador noir. Ce chien me semblait particulièrement bien éduqué. Elle m’a expliqué qu’il s’agissait d’un chien réformé de HANDI’CHIENS et m’a appris qu’un centre se trouvait à seulement 25 kilomètres de chez moi !
Il existe deux façons de s’engager. La famille d’accueil à temps plein accueille un chiot au quotidien pendant environ 12 à 18 mois. Elle l’accompagne dans ses premiers apprentissages et dans la découverte du monde, avant son entrée au centre de formation.
La famille d’accueil relais accueille, quant à elle, un chien pour un week-end ou des vacances, ou prend le relais d’une famille d’accueil à temps plein lorsque c’est nécessaire.
On remplit un dossier, puis on rencontre une équipe salariée du centre. Une visite du domicile est également organisée. Il n’y a pas un seul modèle de famille : on peut vivre seul, en couple ou avec des enfants, dans une maison ou un appartement. La présence d’autres animaux n’est pas forcément un obstacle.
Avant l’arrivée des chiots, des cours sans chiens sont organisés pour les nouvelles familles d’accueil. On y aborde notamment le développement du chiot, ses signaux de communication et les principes éducatifs utilisés par l’association. Ensuite, nous sommes accompagnés tout au long de l’accueil, avec des cours et des échanges réguliers.
Blue est une Labrador noire de cinq mois, issue d’un élevage associatif. Elle est plutôt posée et très agréable à vivre. Elle a tout de même sa petite difficulté du moment : lorsqu’elle doit rester tranquille ou que les interactions s’arrêtent, la frustration peut parfois s’exprimer par des aboiements.
À quel âge un chiot arrive-t-il dans sa famille d’accueil et combien de temps y reste-t-il ?
Il arrive vers l’âge de deux mois et reste généralement entre 12 et 18 mois. Les durées évoluent : auparavant, les chiens entraient au centre vers 20 mois ; l’association cherche aujourd’hui, selon les parcours, à permettre une entrée plus tôt, parfois autour de 14 mois.
Tout commence par la création d’un lien. Le chiot apprend progressivement la propreté, la solitude, la marche en laisse et le calme. Il découvre des lieux, des surfaces, des personnes et d’autres chiens. Il apprend aussi à faire ses besoins sur demande, dans différents environnements.
Puis viennent d’autres apprentissages : porter son collier et sa cape, franchir une porte calmement, rapporter un objet, prendre certaines positions ou encore, selon son évolution, commencer à ouvrir des portes.
Mais au-delà des exercices, ce que nous cherchons avant tout, c’est un chien capable de mieux gérer ses émotions, bien dans ses pattes et heureux d’apprendre.
Je l’emmène avec moi au travail, à 35 kilomètres de chez moi. La journée commence vers 5 h 45 : sortie pour les besoins, détente dans le jardin, puis trajet en voiture et en train.
Au bureau, elle a des pauses dans la matinée, à midi et dans l’après-midi. Nous sortons aussi en ville pendant environ trente minutes à la pause déjeuner. En fin de journée, nous reprenons le train et la voiture, puis elle profite d’un moment de détente en liberté avant de rentrer.
À la maison, elle a des jouets, de quoi mastiquer et quelques moments de jeu avec moi. Les jours de repos, nous découvrons parfois de nouveaux lieux ou travaillons de petites manipulations. Mais je veille aussi à lui laisser de vrais temps de repos, en semaine comme le week-end.
Les pratiques de HANDI’CHIENS évoluent. Nous cherchons à laisser davantage de place à la réflexion et à la participation du chien, tout en réduisant le nombre de consignes vocales. Pour moi, l’essentiel est de l’observer, de tenir compte de ce qu’elle exprime et d’avancer à son rythme.
Oui. Au début, nous avons des cours individuels chaque semaine, puis des cours collectifs environ tous les quinze jours. Les chiots n'ont pas d'interaction : cela leur permet aussi d’apprendre à rester disponibles malgré la présence d’autres chiens.
Comme j’habite près du centre de Vineuil, dans le Loir-et-Cher, les cours ont lieu sur place, à l’intérieur comme à l’extérieur. Avant chaque cours, nous envoyons également un petit bilan écrit.
Un maximum de situations du quotidien : les lieux publics, les magasins, les transports, les lieux culturels… Mais ces découvertes se font progressivement, en tenant compte de la capacité d’adaptation de chaque chien.
Il faut organiser sa vie autour des besoins du chiot. Par exemple, nous veillons à ce qu’il ne reste pas seul plus de quatre heures, ce qui peut limiter certaines activités.
Il faut aussi expliquer aux personnes que nous rencontrons comment se comporter avec lui. Au début, les interactions avec les proches sont très limitées, et cela peut frustrer les amis ! L’idée est de permettre au chiot de construire d’abord un lien solide avec sa famille d’accueil et de rester attentif à son référent. Ces règles s’assouplissent progressivement dans la vie familiale.
Quels sont les moments les plus marquants de cette aventure ?
L’émotion est partout ! Les échanges avec les bénéficiaires me touchent beaucoup. Et voir la relation déjà présente entre une personne et son chien lors de la remise officielle, après seulement quinze jours de stage ensemble, est un moment très fort.
Vivre près d’un centre me permet parfois de continuer à l’accueillir les week-ends et pendant les vacances au cours de ses six mois de formation spécialisée. La séparation se fait ainsi plus doucement : le chien est content de retourner au centre le lundi et heureux de me retrouver le vendredi soir.
La première séparation reste la plus difficile émotionnellement. Cette mission demande aussi de travailler sur soi : la patience, la cohérence, la capacité à laisser partir…
L’avantage par rapport au chien de famille, c’est surtout que la séparation ne rime pas avec la mort. Il quitte mon foyer pour poursuivre son chemin. Savoir qu’un lien fort pourra se construire entre lui et son bénéficiaire, c’est le plus beau des cadeaux.
Accueillir un chiot à temps plein demande du temps et une vraie capacité d’adaptation. Il faut être prêt à suivre les demandes éducatives du centre, même lorsqu’elles bousculent nos habitudes ou notre expérience avec nos propres chiens.
Il faut parfois renoncer à une sortie parce qu’elle arrive trop tôt pour le chiot, apprendre à l’observer autant qu’il nous observe, et s’adapter à sa personnalité. Il faut aussi rester curieux : nos connaissances sur les chiens continuent d’évoluer.
Sur le site de l’association : https://handichiens.org/
Et sur la page Facebook : https://www.facebook.com/HandichiensValdeLoire
Merci, Laetitia, d’avoir partagé ton quotidien avec Blue avec autant de sincérité. Derrière la formation d’un chien d’assistance, il y a aussi l’engagement patient de familles d’accueil qui l’aident à grandir, à prendre confiance et, un jour, à construire une relation avec la personne qu’il accompagnera.
Pourquoi cet engagement est-il si précieux ? En 2025, HANDI’CHIENS a remis 137* chiens d’assistance grâce, notamment, à l’engagement de 328 familles d’accueil. Pourtant, l’association indique que les demandes d’attribution continuent d’augmenter et qu’elle ne peut pas encore y répondre dans des délais satisfaisants. Derrière chaque chiot accueilli, il y a donc une personne qui attend peut-être de gagner en autonomie, en sécurité et en confiance. Si le témoignage de Laetitia t’a donné envie d’en savoir plus, tu peux découvrir les différentes façons de t’engager auprès de HANDI’CHIENS.
*Source : rapport d’activité 2025 de HANDI’CHIENS https://handichiens.org/app/uploads/2026/07/Rapport-dactivite-HANDICHIENS-2025_doublepage.pdf
Contact : 06 74 79 19 78