Les animaux accompagnent Christiane depuis l’enfance. Sa rencontre avec le Doberman a marqué sa vie, mais sa passion l’a aussi conduite vers l’éducation canine, une formation d’assistante vétérinaire et la participation à l’ouverture d’une antenne de la SPA à Arras.
Dans cette interview, elle partage ses souvenirs, ce que ses chiens lui ont appris et son regard sur l’adoption et la protection animale.
Dès ma plus jeune enfance les animaux m'ont toujours attirée, sensibilisée, intéressée, éprouvant une tendresse, un amour débordant pour eux. Encore aujourd'hui ils occupent une place prépondérante dans ma vie. Je ne me vois pas sans animaux. Il fut une période où j'en avais beaucoup eu ayant de la place, pas forcément le temps mais je le trouvais. Désormais en retraite et en appartement je vis 24h/24 avec eux. J'ai pour eux une hyper sensibilité reconnue plus que pour les humains, j'ose le dire, gardant la tête froide devant toute situation humaine, pas devant un animal accidenté ou décédé par exemple !
Mes parents aimaient tous deux les animaux et ont toujours eu des chiens. Toute jeune j'ai appris à les respecter, à les considérer comme membre de la famille. J'ai donc toujours aimé les chiens puis les chats que j'ai connu plus tard avec passion. Le doberman est entré dans ma vie en 1996. Je venais d'arriver dans un plain-pied individuel, face au golf d'Arras, et il y avait fréquemment des intrusions dans les jardins. A l'époque je travaillais parfois tard et ma fille était donc seule jusqu'à mon retour, avec deux cavaliers King Charles. Un soir où nous avions eu une belle frayeur, la police appelée et intervenue m'a conseillé le chien de garde, une alarme n'était pas possible au vue du nombre d'animaux présents dans la maison (oiseaux, poissons, chinchillas...). Lors d'une expo canine nous sommes donc allées rencontrer des éleveurs de différentes races protectrices. J'étais très attirée par le Dogue Allemand. Les éleveurs me l'ont déconseillé car souvent trop gentils, et pas destinés à la garde malgré leur physique impressionnant. Ils m'ont donc dirigé vers des éleveurs de Rottweiler et de Doberman. C'est ainsi que je fis la connaissance d'éleveurs passionnés, devenus amis, et que notre 1er Doberman entra dans notre vie ma fille et moi.
J'ai appris à connaître cette race admirée mais n'en ayant à la base aucune connaissance. Ces merveilles m'ont appris beaucoup. Notamment être cohérente et stable dans mon caractère parfois variable, parfois un peu spontané et fantaisiste. J'ai appris qu'on ne pouvait pas dire non aujourd'hui et oui le lendemain. Outre l'éducation dont je parlerai plus bas, j'ai étudié cette race, j'ai rencontré d'autres propriétaires et éleveurs de Doberman lors des concours canins qui fut aussi pour nous une découverte. J'ai beaucoup appris de cette force tranquille qu'est le Doberman et bien sûr, comme mes autres chiens, la beauté de ce qu'ils nous apportaient, en plus de la sécurité et de la protection.
Oui, c'est une force tranquille. Il peut devenir une "arme" dans les mains d'un mauvais maître. Maître équilibré + chien équilibré. Le doberman est extrêmement fidèle, attentif, tendre, patient. Oui, il a son maître principal, en l'occurrence ma fille, mais en son absence il se réfère à son deuxième dominant. Il aime les enfants. J'ai pu le constater car n'ayant pas d'enfants dans mon entourage, si nous en rencontrions attention à ne pas "bousculer" cet enfant devant le Dob, réaction immédiate ! Il est très protecteur. Il ne vous pardonne néanmoins pas l'erreur tout au moins l'injustice, très intelligent il en tire profit très vite. Toute sa vie il va vous tester ! Il comprend tout et a donc une éducation que je qualifierais de facile et rapide. Il n'est pas mordeur d'origine, il est même méfiant allant jusqu'à reculer devant quelque chose d'inconnu ou quelqu'un qui l'intrigue, ce qui lui donne le temps de réfléchir et surtout d'analyser, danger ou pas danger et de décider de son attitude.
Vue sa stature imposante il fait peurs au premier abord. Avec mon chien je démontrais patiemment et délicatement que non, il n'était pas dangereux, oui il aime les enfants, oui s'il les connaît il aime les chats, etc., et il est très obéissant. Les personnes réfractaires voyaient mon chien, le pratiquaient un minimum, et certains sont même devenus fans de la race.
Je suis venue à l'éducation canine car précédemment j'avais eu un beauceron femelle, hors normes car très grande et costaud, mais aussi très mordeuse et très dominante. J'ai fait avec elle beaucoup d'erreurs n'ayant pas une éducation adaptée mais au contraire renforçant son "défaut" ce qui valut à la fille d'être un jour mordue alors qu'elle se baissait pour ramasser un objet. Un ami qui "dressait" des chiens de spectacle me l'a reprise et elle a passé sa vie heureuse. Quand notre premier Doberman est arrivé chez nous je n'ai pas voulu réitérer mes erreurs et me suis tournée vers un éducateur canin pour dès que possible avoir notre chien "en bonnes mains". C'est essentiellement ma fille qui se rendait à l'éducation tous les samedis après-midi. Quand je ne travaillais pas je l'accompagnais mais elle ne manquait jamais une séance. Elle a donc derrière elle 15 ans au moins d'éducation canine, moi moins j'estime à 4 ou 5 ans. Cela nous plaisait l'une et l'autre énormément car c'est passionnant de voir son chien et les autres évoluer, progresser, obéir, s'investir. Notre 1er Doberman est même paru sur la Voix du Nord car il avait un refus d'appât hors du commun. Nous voyons à l'époque certains chiens arriver avec des problèmes (même petits, caniches, etc.), et quelque temps plus tard repartir avec le maître plein de bonheur d'avoir un chien transformé, ayant lui-même changé de comportement envers son animal.
Avec nos Dobermans, nous faisions bien sûr de l'éducation, du mordant, des concours/expos canines, sans compter les longues balades en campagne, à travers champs, avec toujours une sorte d'éducation par le biais de jeux. Le seul regret de ma fille c'est de ne pouvoir les emmener en balade à cheval car l'entente n'a jamais été possible à long terme entre cheval et Doberman !
A mon humble avis, n'ayant connu qu'un seul éducateur et il y a de cela quelques années maintenant, j'ai néanmoins pu constater lors des premières séances une grande différence, ayant tenté avec mon beauceron une éducation avant de la confier à nos amis, j'avais trouvé l'éducation assez agressive, nerveuse, agitée qui rendait mon beauceron encore plus agressive. Méthode limite "barbare" et traumatisante pour l'animal. Je fus donc étonnée en bien, lors des premières séances avec le Doberman. Tout se faisait dans la douceur, la patience, le respect du maître et surtout de l'animal, explication des actions, des réactions, tout ou presque à travers le jeu qui captivait l'animal, un plaisir pour le maître et surtout pour le chien.
Combien de maîtres disent "mon chien comprend tout" ! C'est vrai mais ce ne sont pas tant les paroles, j'ai compris moi qu'il traduisait l'intonation de la voix, le gestuel, le sourire ou la moue sur le visage ! Il demande à être respecté. Il a une âme, un cœur, une sensibilité, un caractère bien à lui, comme l'humain. Il est heureux quand on lui consacre du temps et de l'attention comme on le ferait pour un être humain. Pour lui nous sommes quoiqu'on en dise des prédateurs. Il faut respecter ce qu'il aime, ce qu'il n'aime pas après avoir reconnu les signes qui le démontre. Respecter son temps de sommeil, ses jeux. Un homme est différent d'une femme, un enfant d'un adulte, un chien d'un humain. Il faut "apprendre" son chien, l'admirer et le respecter car il ne vous trahira jamais ; ne vous donnera jamais à l'inverse de certains "amis" un coup de couteau dans le dos ! Il ne se vengera pas, sauf si vous le martyrisé car il a de la mémoire et trouvera tellement cela injuste que si son caractère lui permet il ne vous "loupera" pas à l'occasion. Il faut donc capter, entretenir cette communication merveilleuse qui se forge entre le maître et son chien.
Dès mes 18 ans je fus bénévole à la SPA de Lille. Je m'aperçus très vite que ma connaissance et les besoins des animaux se limitait à mon amour pour eux. Adorant étudier j'ai eu envie d'acquérir des connaissances scientifiques et surtout utiles pour agir et conseiller avec le moins d'erreur possible, ayant repéré que c'était le cas pour nombre de bénévoles qui croyaient tout savoir et mettre mes connaissances acquises au profit du bien-être et du bonheur de ces pauvres bêtes en chenil perdues ou abandonnées. Jamais je n'ai travaillé en cabinet vétérinaire ma sensibilité ne me l'aurait pas permis et mon plan de carrière ne m'orientait pas ainsi !
Trop de gens prennent un animal et ignore ce qui va leur apporter une bonne santé, un bien être, une entente cordiale. J'ai découvert, ayant bien sûr pris l'option ville", que chaque race a ses points faibles. Pour l'un ce sera le cœur, pour l'autre les yeux, pour un autre le système digestif. Cela m'a quand même permis de savoir interpréter certains signes de souffrance ou de bien être chez l'animal, qui finalement n'a pas besoin de beaucoup d'artifices pour être heureux. J'ai découvert que beaucoup de maîtres se font plaisir à eux avant de réfléchir à ce que leur animal en penserait et s'il savait parler ce qu'il en dirait !
Le projet d'ouverture d'une antenne SPA à Arras qui n'en possédait pas fut possible et est né d'une donation de maison par une dame et surtout son fils décédé. Ce logement pour nos amis les bêtes fut baptisé "la petite maison". Traversant alors une période sans emploi après une reprise d'études après mes emplois artistiques (assistante de chef d'entreprise), j'assistais la dame Présidente de cette SPA qui était une amie, à ouvrir cette antenne en m'occupant notamment d'installer la totalité du secrétariat, installer les modalités légales d'adoption ou abandon, du suivi des animaux, tenue des documents et livres obligatoires, comptabilité... J'emmenais aussi chiens, chats pour des soins chez les vétérinaires, faisant quelques enquêtes. Mon diplôme vétérinaire et mes connaissances débutantes alors en éducation m'ont beaucoup servie. J'ai accueilli chez moi après un bilan de santé quelques chiens plus sensibles en attente d'adoption.
Mes premiers souvenirs sont bons, mais comme dans beaucoup d'associations, l'ambiance créée par les bénévoles est assez vite devenue assez inconfortable diront nous ! J'ai souvent assisté à des incohérences des injustices, des "conneries" disons le mot, "moi je sais, moi je fais bien", alors que certains actes étaient contraires ou inexplicables ! Par exemple la veille tel chien était refusé à l'adoption car logement en appartement et le lendemain proposé en appartement car il devait "partir" pour libérer de la place ! Les premiers actes de cette SPA naissante furent l'accueil des abandons, des animaux trouvés, puis l'accueil, l'adoption, les soins. Puis très vite j'ai repris le travail et me suis donc éloignée de ces jalousies avec dans mon coffre de voiture laisses, colliers, friandises, couverture, etc., si je devais intervenir pour secourir un animal sur mon chemin. Maintenant Arras possède une SPA au top, avec des salariés compétents, quelques bénévoles bien formés, toutefois si j'ai le temps je n’ai plus le "courage" moral d'y aller ma sensibilité exacerbée ne le supporterait pas !!!
Selon moi il serait bon de modifier et élargir les lois sur les protections de la gent animale, leur respect, etc. La Belgique l'a fait pourquoi pas nous ?! Les SPA enfin se rapprochent de plus en plus d'éducateurs canins. Mais je pense que l'on pourrait aller encore plus loin lors des adoptions notamment de gros chiens, ou de chiens très traumatisés en assurant un très sérieux et obligatoire suivi. Certains adoptants passent encore trop souvent à travers les mailles du filet en adoptant par exemple un B.A. ou un Malinois (grande mode à Arras actuellement), et en fait se procurent une "arme" légale, se procurent une assurance qu'ils n'ont pas, et les accidents arrivent ! Qui prend alors ? Bien sûr le chien ! Idem pour les éleveurs ou naisseurs de certaines races. J'ai l'exemple d'un voisin dont un copain a fait faire une portée illégale de Malinois. Il en a pris un, belle petite boule de poils, il a à ce jour 1 an et 2 mois, bonne bête au possible, déjà atteint de dysplasie aux deux pattes avant, le caractère change, il a énormément de difficultés à le dominer et devient peu à peu ingérable. Ce chien m'adore et je "tanne" son maître de faire une éducation avant qu'il ne soit trop tard !
Avant de se décider pour une race ou une autre, ne pas agir sur un coup de cœur, une envie. Il convient de choisir le chien adapté au mode de vie journalier, à la composition de la famille, au logement, aux moyens financiers. Etudier, bien se renseigner sur les différentes races qui attirent. Pour cela l'idéal est de se rendre à une expo canine ; rencontrer des éleveurs, des propriétaires, en parler à son vétérinaire ou le futur vétérinaire de l'animal. A chaque maître correspond une race "idéale". Le Doberman n'est pas le chien de tout le monde. Il faut comme dit précédemment être "équilibré", être calme ; savoir pardonner car comprendre que l'animal n'est pas un robot et que jeune il peut faire et fera des bêtises comme un enfant, les erreurs du débutant ! Avoir de la patience, se remettre en question avant d'accuser son chien, être certain de pouvoir lui assurer confort, nourriture adaptée, exercices, souscrire une assurance qui soulage le porte-monnaie en cas de problème. Bien se renseigner sur l'éleveur choisit, par exemple en allant sur internet constater ses résultats d'expos, le nombre de portées annuelles, etc. Également ne jamais acquérir sans accord commun un animal pour un cadeau surprise !
Le site CEDIA.fr pour les expos proposent des fiches signalétiques sur les races de chiens, le site de la Centrale Canine.fr, également. On peut trouver cela aussi avec des élevages, des chiots disponibles, sur chiens-de-France.com
Merci, Christiane, d’avoir partagé ton parcours avec autant de sincérité. À travers tes souvenirs des Dobermans, de l’éducation canine et de la SPA d’Arras, on découvre une passion qui t’accompagne depuis l’enfance. Merci aussi d’avoir parlé des moments difficiles : ils font partie de ton expérience et donnent toute sa force à ton témoignage.
Contact : 06 74 79 19 78