Découvrez le Greyhound à travers le regard passionné de Nathalie Cloux, éleveuse sous l’affixe Inchydoney Memories.
Cet affixe est en hommage à son premier Greyhound, un lévrier de racing, nommé Inchydoney Miney, qui provenait d’un élevage à proximité de Cork, en Irlande, Inchydoney étant une des plus belles plages de sable fin de l’île.
Dans cette interview, elle nous parle du caractère, des besoins, de l’éducation et de la santé de ce grand lévrier, tout en partageant son expérience et ses conseils.
Je vis avec des Greyhounds depuis 2002, date à laquelle j’ai accueilli Inchydoney Miney (rebaptisé Diesel), complètement par hasard. Le cynodrome de Rome venait de faire faillite, près de 400 Greyhounds de course étaient laissés sur le carreau et quasiment toutes les associations de protection animale dédiées aux lévriers s’étaient fédérées au niveau européen pour organiser ce sauvetage de grande ampleur, en France, en Grande Bretagne, en Belgique, au Pays-Bas, en Allemagne, en Italie, en Suisse. Et c’est ainsi que tout a commencé… J’ai par la suite adopté d’autres lévriers, mais mon cœur était définitivement happé par les Greyhounds.
Je suis localisée dans l’Yonne, à une heure au sud de Paris. Ne cherchez pas d’installations classées chez moi, mes lévriers sont mes amis et vivent en parfaite harmonie au sein de la maison. J’ai la chance d’exercer le beau métier d’écrivain public à mon domicile, ce qui me laisse toute liberté pour m’occuper de mes Greyhounds et de partir une heure tous les jours, entre champs et bois
J’ai acheté mon premier chiot de « beauté » en 2009, choisi mon affixe en 2010 et acquis ma chienne de fondation en Lettonie en 2012… pour une première portée en 2017 ! Je crois que c’est la race qui s’est imposée à moi, mais j’ai mis du temps à me décider pour élever. Bien m’en a pris, sinon j’aurais commencé par un mauvais mariage, entre le mâle « maison » et ma chienne de fondation. Pour qui souhaite élever – et non produire – je crois que le plus urgent, c’est encore d’attendre. Se faire l’œil en expo, sélectionner les types et les caractères que l’on apprécie le plus et les autres, étudier les pédigrées, les lignées, voir comment se comportent les collatéraux, chercher des informations de santé sur les potentiels étalons. C’est toute une aventure, menée aussi bien avec le cœur qu’avec la raison, d’autant plus que je me sens responsable, durant toute sa vie, de tous les chiots que j’ai pu faire naître.
Je n’ai que cinq portées à mon actif depuis 2017. Tous mes chiens sont issus de ma chienne de fondation, multi CH Airy Elf’s Made for Love (Lulubelle), une chienne exceptionnelle qui a transmis toutes ses qualités maternelles à ses filles.
Tout ! (Je crois que je vais être un peu bavarde 😊). Commençons par l’historique en remontant jusqu’au Moyen Âge (on pourrait remonter quasiment jusqu’à l’Antiquité, mais il faudrait dès lors un livre entier plutôt qu’un article), époque à laquelle le Greyhound était à la fois chien de chasse et chien de compagnie de la noblesse, qui a commencé à sélectionner sur le caractère et sur les aptitudes naturelles : bref, un chien au caractère égal qui pouvait aussi bien vivre dans une meute, sans agresser les autres chiens, tout comme au château, sans être une menace pour les gens, chasseur à vue, mais pas fugueur.
En effet, contrairement à tous les autres chiens de chasse spécialisés sur une phase particulière de la prédation, sous ordre de l’homme, le Greyhound sait, depuis la vue de la proie, observer toutes les phases jusqu’à la mise à mort et, surtout, sans intervention humaine, souvent en duo qui coopère, l’un rabattant la proie sur l’autre, qui bondira au défaut de l’épaule, pour les grands quadrupèdes, pour faire chuter et saisir à la gorge (pour immobiliser ou autre), soit saisira les reins pour briser les vertèbres.
Bref, un doux docteur Jeckyll & mister Hyde, mais ne vous y méprenez pas, le Greyhound est généralement dépourvu d’agressivité envers les humains, raison pour laquelle il existe aux USA plusieurs programmes de réinsertion de prisonniers de très longue durée, auxquels sont confiés des Greyhounds retraités des courses que les détenus prépareront à leur adoption prochaine (aucune chance qu’ils soient dressés à l’attaque). Il existe aussi des Greyhounds visiteurs en hôpitaux ou en maisons de retraite, ainsi que des programmes d’apprentissage de la lecture auprès de jeunes enfants qui adorent raconter des histoires au Greyhound.
Au-delà de la beauté physique du Greyhound, j’apprécie beaucoup ses qualités mentales. Ces lévriers sont particulièrement intelligents, très observateurs et recherchent toujours le lien de cause à effet, souvent pour obtenir ce qu’ils désirent. Par exemple, ma chienne de fondation a trouvé comment ouvrir les clenches à l’ancienne de mes portes intérieures et l’a appris à ses petits. Un autre, m’ayant vu me servir des glaçons au distributeur du réfrigérateur américain, a fait de même. Une « grande sœur » de la portée précédente a un jour apporté un oisillon vivant dans sa gueule et réunit tous les chiots pour leur apprendre à chasser.
Par ailleurs, le Greyhound a développé des qualités physiques exceptionnelles adaptées au sport et à la poursuite à vue : la phase de prédation commence dès qu’un objet en mouvement entre dans le champ de vision, la masse musculaire est très importante, le sang a une biochimie très particulière, le cœur est beaucoup plus gros que pour les autres races et capable de pomper plus rapidement afin d’oxygéner les muscles pendants l’effort. Quant à la vitesse de pointe, les meilleurs sprinters de lignée de racing peuvent facilement dépasser les 70 km/h.
En trois mots : loyal, facile à vivre, tactile. Ce grand lévrier s’adapte facilement à de nouveaux environnements, mais qui n’est pas non plus malléable à merci. Cette sorte de souplesse mentale en fait un compagnon quasiment parfait.
Par exemple, il ne vous détruira pas la maison si un jour, pour toutes sortes de raisons, vous devez écourter ou reporter une promenade. Le Greyhound est très proche de sa famille humaine et une fois qu’il vous a accordé sa confiance, vous pourrez tout lui demander, ou presque. Sans être une peluche vivante, le Greyhound a besoin de contact, visuel ou physique : le museau qui vient se loger dans votre main, la patte, ou le fouet, qui se pose sur votre genou. Côté cour, le Greyhound est un chien autonome au travail – et je m’efforce de développer les aptitudes de réflexion et de prise de décision – mais côté jardin, il a vraiment besoin d’une relation riche avec sa famille humaine.
En trois mots : intelligent, patient, plastique. Je me permets deux mots concernant les défauts : il déteste la solitude et il est voleur.
En tout premier lieu, se documenter pour connaître la race, ses aptitudes naturelles, ses besoins, ses particularités physiologiques.
Accueil du chiot : le Greyhound a une croissance très rapide les six premiers mois de sa vie, au terme desquels il aura atteint quasiment sa taille d’adulte. Surtout ne pas sur-solliciter le chiot d’activité physique ! C’est l’erreur la plus fréquente commise par les « primo-adoptants ». Bien au contraire, il faut laisser le temps au temps, privilégier des promenades courtes (5 mn) et fréquentes dans la journée, alterner avec des jeux de réflexion et des séances de câlins.
Niveau santé : veiller au test neuropathie et à l’identification ADN. Le Greyhound a très peu de gras corporel et le poil ras : pas d’effort par forte chaleur. En hiver sous nos latitudes, hormis si le chien doit stationner longtemps dans un endroit venteux, froid et humide, je déconseille le manteau car, une fois les premiers mouvements engagés la circulation sanguine réchauffera naturellement l’animal. Le Greyhound a un solide appétit. Avec l’âge, il peut avoir tendance à développer de l’arthrose.
Niveau vie quotidienne : le Greyhound est un grand bavard capable avec un champ de vocalises très étendu. Il faut savoir distinguer le grognement (inconfort, frustration, douleur, etc.) de sa communication habituelle. Le Greyhound dort beaucoup, de préférence sur une couche confortable (canapé, lit, etc.). S’il est heureux, il sourit (non, il ne montre pas les dents) à son humain, et il lui arrive aussi de vous prendre la main dans la gueule et de vous faire faire le tour du propriétaire. Attention au fouet ! Les Greyhounds sont assez démonstratifs : un coup de fouet sur la cuisse est très douloureux, et contre l’angle d’un mur ou d’un meuble, gare à la fracture. En promenade, toujours anticiper : par exemple, il ne calculera absolument pas le chevreuil au loin, immobile en lisière de forêt, mais au moindre mouvement, c’est Dr Jeckyll qui surgit.
Oui, très facile. Il recherche avant tout à faire plaisir à sa famille humaine, mais sait parfois se montrer extrêmement têtu et peser subitement 30 kg de plus !
Oui, je prépare les chiots à vivre avec des enfants, des chiens d’autres races et de tailles différentes, au contact des chats. Après ne demandez pas l’impossible, la cohabitation avec des lapins ou des volailles, c’est niet. Un chiot sera ce que vous en ferez. Si vous accueillez un adulte, je crains que la cohabitation avec des chats soit compliquée.
Tout type de personne ou de famille, du moment qu’elle respecte les besoins du chien et lui offre une bonne hygiène de vie. Contrairement aux idées reçues, le Greyhound est loin d’être un hyperactif : comme tous les sprinters, il a besoin de beaucoup de beaucoup de repos (il est parfois même volontiers pantouflard)
Oui ! Je préfère d’ailleurs une personne en appartement qui offrira à son Greyhound plusieurs promenades quotidiennes et nouera ainsi une relation riche, plutôt qu’une autre qui se contentera d’ouvrir la porte de la maison et laisser le chien seul au jardin.
Non.
Ce n’est pas mathématiquement quantifiable : s’adapter au chien, en fonction de son âge et de sa disponibilité. En revanche, je conseille toujours aux propriétaires de se rapprocher d’un club sportif lévrier pour offrir au Greyhound son exutoire favori : courir ! Qu’il s’agisse de poursuite à vue sur leurre ou de racing en cynodrome.
Non, ce lévrier à poil ras ne demande pas de toilettage spécifique : un brossage régulier pour éliminer les poils morts, coupe des ongles régulière, vérifier les oreilles. Autre point de vigilance : sans sous-poil et sans masse graisseuse, les accrocs, anodins chez d’autres races, peuvent parfois nécessiter des sutures.
Le pool génétique du Greyhound, lignée de beauté, est assez réduit en France, avec guère plus d’une centaine de naissance par an et, malheureusement, avec les chiens issus des mêmes origines. Personnellement, je favorise toujours la diversité génétique d’abord, en tentant de maîtriser et le coefficient de consanguinité (jamais plus de 5 % sur les sept premières génération), en évitant quelques étalons populaires que je ne citerai pas ici, en recherchant l’implexe le plus bas possible. Ensuite, le phénotype, avec une attention particulière à la tête de l’étalon, qui doit être masculine, sans être lourde ni, à l’excès, trop féminine, et à la pigmentation. Le mâle doit être puissant et solide, sans exagération dans le type et, bien sûr, un caractère égal, ni agressif, ni craintif. Mes femelles ont hérité des qualités maternelles de ma chienne de fondation, coopèrent volontiers avec les autres adultes dans l’éducation des chiots.
Bien sûr ! Plus filiation ADN bien avant que la SCC ne réclame l’identification ADN des reproducteurs !
Le Greyhound n’a que très peu de maladies liées à la race, principalement la neuropathie du Greyhound (un peu la maladie de Charcot du chien), mais tous mes chiens en sont indemnes par filiation et pour toute saillie, je demande le test ADN prouvant que l’étalon n’est pas porteur sain (maladie autosomique récessive). Mes femelles, par filiation, ne sont pas porteuses de l’hyperthermie maligne. Ensuite, test cardiaque et oculaire. Herpès aussi, mais il y a tellement de faux positifs et de faux négatifs, que le résultat est, finalement, peu pertinent.
Mon travail consiste à éveiller le chiot le plus possible et à le familiariser à de très nombreuses situations. Mes mères sont très coopératives : elles me laissent les assister pour les naissances, je peux ainsi manipuler le chiot dès la sortie de la poche (pesée, vérification du genre, vérification d’éventuelles anomalies), puis tous les jours, la pesée, les manipulations, éventuellement biberonner pour soulager la maman.
Proposer des jeux proprioceptifs aux chiots (portiques d’activités, jouets qui font du bruit, tapis en différentes matières). Dès qu’ils ont les yeux ouverts et qu’ils se déplacent aisément, en fonction de la météo, petites sorties en extérieur, tous les jours.
Plus tard, quand la mère accepte mes autres adultes dans la nurserie, vers la 4e semaine, les autres femelles prennent en main l’éducation des petits qui apprennent ainsi à respecter les adultes, tandis que mon mâle (leur oncle ou grand-oncle) prend très au sérieux son travail de gardien de marmaille, se poste au point le plus élevé du terrain et surveille les « intrus ». Ensuite, petit à petit, on apprend l’autonomie, à rester seul, à faire pipi sur un pad, ou dehors.
Puis, on découvre de nouvelles choses : le chat du voisin, la voiture, le train, les chevaux du club, les enfants, les personnes âgées. Toujours très progressivement, sans mettre le chiot en difficulté. La marche en laisse et le rappel, ça vient tout seul, et je suis bien aidée par les adultes (tout est affaire de coopération). Et bien évidemment, pour les mâles, on vérifie les testicules très régulièrement, on masse si besoin, on palpe toujours, au cas où les futurs propriétaires souhaiteraient participer à des expositions.
Il m’arrive souvent de refuser des ventes, pour toutes sortes de raisons, mais bien souvent parce que je sens que la proposition d’accueil ne sera pas adaptée à un Greyhound. Ensuite, tout est question de contact et de confiance mutuelle.
Je pose beaucoup de questions aux personnes, pour savoir :
1/ ce qu’elles attendent du chien
2/ quelle est leur image personnelle du Greyhound.
Je les invite aussi à venir chez moi et je suis très attentive au comportement des humains… comme au comportement de la maman, en général toujours très fière de présenter sa progéniture, et si je la sens mal à l’aise, c’est un grand non.
1/ Ne pas donner de cadre : le Greyhound a besoin d’un cadre stable et routinier dans lequel il peut évoluer librement. Il peut aussi se montrer très têtu, à vous d’être cohérent dans la durée.
2/ Sur-solliciter le chiot en pleine croissance
3/ Choisir un chien sur la couleur à la mode : la mode passera, le comportement restera
4/ Un dressage brutal plutôt qu’une éducation respectueuse, le grand musclé est aussi un grand sensible
Quelles sont les trois choses qu’une personne doit absolument savoir avant d’adopter cette race ?
1/ instinct de prédation assez développé, séquence de prédation déclenchée à la vue, toujours anticiper, notamment l’ouverture des portes
2/ déteste la solitude et sait se montrer odieux quand le cadre de vie ne lui convient pas
3/ il est voleur, voire fétichiste et adore votre odeur. Il est capable d’aller voler vos vêtements dans le panier à linge pour en faire des « doudous ». J’ai même eu un Greyhound qui volait les peluches de mes enfants pour les aligner ensuite dans son couchage
D’abord, communiquer avec l’éleveur, au téléphone ou par mail. Rencontrer l’éleveur, demander à venir sur place, qu’il y ait des chiots disponibles ou pas, pour vérifier les conditions de vie. Le Greyhound n’est pas un chien de chenil, mais un chien de famille. Demander à voir la mère quand il y a des chiots, observer le comportement avec les autres adultes.
Entre 1.500 et 2.000 euros
Élégance, loyauté, puissance (dans l’ordre alphabétique, parce que je ne savais pas laquelle privilégier)
Merci à Nathalie Cloux pour cette belle interview et pour avoir partagé sa passion du Greyhound.
Pour en découvrir davantage sur son travail et son élevage Inchydoney Memories :
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🌐 https://inchydoneymemories.chiens-de-france.com/greyhound
Contact : 06 74 79 19 78