Chez le chien, certains comportements sont rapidement qualifiés de « stress ». Un chien tremble, halète, se cache, aboie, refuse d’avancer ou devient très agité et l’on conclut immédiatement : « Il est stressé ».
Pourtant, la peur, l’anxiété et le stress ne désignent pas exactement la même chose. Ces états peuvent se ressembler, se succéder et parfois s’entretenir mutuellement, mais ils ne trouvent pas toujours leur origine dans les mêmes situations.
Comprendre ce que ressent réellement son chien permet d’adapter notre comportement, son environnement et le travail éducatif mis en place.
Un chien qui a peur d’un événement précis n’aura pas nécessairement les mêmes besoins qu’un chien qui anticipe constamment une situation désagréable ou qu’un chien qui vit depuis plusieurs semaines dans un état de tension presque permanent.
La peur est une émotion normale et indispensable à la survie. Elle apparaît lorsque le chien perçoit une menace présente, réelle ou supposée.
Cette menace peut être très différente d’un chien à l’autre :
* un humain inconnu
* un chien qui arrive rapidement
* un véhicule bruyant
* un objet inhabituel
* un bruit soudain
* une manipulation
* une situation chez le vétérinaire
* un environnement inconnu
L’important est de comprendre que ce n’est pas notre perception du danger qui compte, mais celle du chien. Un sac plastique qui bouge avec le vent peut nous sembler totalement anodin. Pour un chien particulièrement sensible ou insuffisamment habitué à ce type de stimulation, il peut représenter une véritable menace.
Comment un chien peut-il réagir lorsqu’il a peur ?
Face à une situation inquiétante, le chien peut adopter différentes stratégies. Il peut :
s’éloigner
reculer
se cacher
se figer
accélérer
tirer sur sa laisse
aboyer
grogner
montrer les dents
tenter de fuir
chercher la proximité de son humain
Il n’existe donc pas une seule manifestation de la peur. Un chien qui aboie ou grogne peut être tout aussi inquiet qu’un chien qui cherche à se cacher.
Le grognement n’est pas nécessairement de l’agressivité
C’est une confusion que je rencontre régulièrement. Lorsqu’un chien grogne parce qu’un humain ou un autre chien s’approche trop près, il peut simplement essayer de faire augmenter la distance.
Son message pourrait être traduit par : « Cette situation me met mal à l’aise, éloigne-toi. »
Punir systématiquement ce signal peut empêcher le chien de communiquer sans pour autant supprimer son émotion. Le comportement visible peut disparaître alors que la peur reste présente.
L’objectif devrait donc être de comprendre pourquoi le chien éprouve le besoin de grogner, plutôt que de chercher uniquement à faire disparaître ce signal.
L’anxiété est différente de la peur. Dans la peur, la menace est généralement présente. Dans l’anxiété, le chien peut commencer à réagir avant même que l’événement redouté ne se produise. Il anticipe.
Prenons l’exemple d’un chien ayant peur des pétards. Un pétard explose brutalement à proximité :
➡️ le chien sursaute, cherche à fuir et se cache. Nous observons une réaction de peur.
Quelques jours plus tard, à la tombée de la nuit, le même chien commence à haleter, refuse de sortir dans le jardin et observe constamment les fenêtres alors qu’aucun pétard n’a encore explosé.
Il semble anticiper la possibilité que cela recommence. Nous nous rapprochons alors d’un phénomène anxieux.
L’anticipation joue un rôle important
L’anxiété peut se développer autour de nombreux événements.
La voiture : Un chien ayant été malade ou très inquiet pendant plusieurs trajets peut commencer à montrer des signes d’inconfort dès que son humain prend les clés de voiture.
Le vétérinaire : Certains chiens commencent à être inquiets dès qu’ils reconnaissent le parking ou même le trajet menant à la clinique.
Les rencontres avec d’autres chiens : Un chien ayant vécu plusieurs interactions difficiles peut commencer à surveiller l’environnement en permanence pendant ses promenades.
Il ne réagit alors plus uniquement lorsqu’un chien apparaît. Il cherche constamment où pourrait se trouver le prochain chien.
La solitude : Certains chiens commencent à montrer des signes d’inquiétude dès qu’ils remarquent les différents éléments annonçant le départ de leur humain : manteau, chaussures, sac, clés, fermeture des volets… Le départ n’a pas encore eu lieu, mais le chien en anticipe déjà les conséquences.
Le mot « stress » possède souvent une connotation négative. Pourtant, le stress est avant tout une réponse de l’organisme face à une situation qui demande une adaptation. Un événement inhabituel peut provoquer momentanément une augmentation de l’état d’éveil du chien.
Ce phénomène n’est pas systématiquement problématique. Un chien peut par exemple ressentir une certaine tension lorsqu’il découvre :
un nouvel endroit
de nouvelles personnes
une activité inconnue
un nouvel exercice
un environnement particulièrement stimulant
La véritable question n’est donc pas uniquement : « Mon chien a-t-il été stressé ? »
Il faut également se demander : « A-t-il réussi à récupérer après cette situation ? »
La récupération est essentielle
Un chien peut vivre une situation émotionnellement intense puis retrouver progressivement son calme. Il dort, se détend, mange normalement, retrouve ses comportements habituels et redevient disponible pour son environnement.
Dans ce cas, son organisme a pu récupérer. Les difficultés apparaissent davantage lorsque les situations stressantes deviennent :
trop fréquentes
trop intenses
trop longues
trop rapprochées
imprévisibles
Le chien ne dispose alors plus toujours de suffisamment de temps pour revenir à un état émotionnel normal.
Le stress chronique ne correspond pas simplement à un chien ayant vécu une mauvaise journée. Il s'agit plutôt d'une situation dans laquelle les facteurs de stress persistent ou se répètent suffisamment pour que la récupération devienne insuffisante.
Imaginez par exemple le quotidien d’un chien :
Le matin, son humain part travailler et la solitude est difficile.
Dans la journée, il entend constamment les voisins et les bruits du couloir.
Lorsque son humain rentre, il part immédiatement se promener dans une rue très fréquentée.
Il croise plusieurs chiens alors que les rencontres avec ses congénères sont compliquées.
De retour à la maison, les enfants veulent jouer avec lui.
Le soir, des travaux ou des bruits extérieurs l’empêchent de réellement se détendre.
Puis la même journée recommence le lendemain. Chaque événement pris individuellement pourrait sembler relativement banal. Mais c’est parfois l’accumulation qui devient problématique.
L’effet cumulatif : le « vase » émotionnel du chien
Pour comprendre ce phénomène, on peut imaginer un vase. Chaque événement stressant ajoute un peu d’eau :
un bruit inquiétant
une mauvaise rencontre
une frustration
un trajet en voiture
un manque de sommeil
une manipulation désagréable
une promenade trop stimulante
Si le chien dispose de suffisamment de périodes calmes, le niveau du vase redescend progressivement. Mais lorsque les événements s’enchaînent sans véritable récupération, le vase continue de se remplir.
Puis arrive un événement apparemment insignifiant… et le vase déborde.
C’est parfois pour cette raison qu’un propriétaire me dit : « Je ne comprends pas, il n’avait jamais réagi aussi fort pour si peu. »
Ce n’est pas nécessairement le dernier événement qui explique toute la réaction. Il peut simplement avoir été l’élément de trop.
Il faut rester prudent : aucun comportement pris isolément ne permet de diagnostiquer un état émotionnel. Cependant, certains changements doivent attirer notre attention lorsqu’ils sont fréquents ou apparaissent dans des contextes particuliers.
On peut notamment observer :
une hypervigilance
des difficultés à se détendre
des réveils fréquents
un sommeil insuffisant
des halètements en dehors d’un effort ou de la chaleur
une agitation inhabituelle
des déplacements répétés
une augmentation des aboiements
des réactions plus fortes face à l’environnement
une difficulté à se concentrer
une recherche permanente de distance
des comportements d’évitement
une irritabilité inhabituelle
des difficultés à récupérer après une promenade ou une rencontre
certains comportements répétitifs
Chez certains chiens, on observe au contraire une diminution importante de l’activité. Un chien très inquiet n’est donc pas obligatoirement agité. Certains chiens peuvent devenir très discrets, rester immobiles ou chercher à éviter toute interaction.
Oui.
Ces trois phénomènes peuvent parfaitement s’influencer. Prenons un chien qui vit une mauvaise expérience avec un autre chien.
Première étape : la peur
Un chien surgit brutalement et l’agresse. Le chien éprouve une peur importante.
Deuxième étape : l’anticipation
Lors des promenades suivantes, il commence à surveiller l’environnement. Il semble chercher les chiens avant même qu’ils apparaissent.
Troisième étape : accumulation du stress
Si les rencontres difficiles continuent quotidiennement, le chien peut progressivement devenir extrêmement vigilant pendant toutes ses promenades. Il devient alors beaucoup plus réactif. Il peut même commencer à réagir à des situations qui auparavant ne lui posaient aucun problème. On comprend ainsi pourquoi certaines difficultés comportementales peuvent progressivement s’amplifier.
Lorsqu’un chien est très préoccupé par son environnement, ses capacités d’attention peuvent diminuer. Imaginez que vous soyez vous-même dans une situation qui vous inquiète fortement.
Quelqu’un vous demande alors d’effectuer un exercice complexe. Même si vous connaissez parfaitement cet exercice, vous aurez probablement davantage de difficultés à vous concentrer.
Chez le chien, le principe est comparable. Un chien capable d’effectuer parfaitement un « assis » dans son salon peut sembler avoir totalement oublié l'exercice lorsqu’un autre chien apparaît à vingt mètres. Il n’a pourtant pas oublié ce qu’il a appris. Son attention est simplement mobilisée par quelque chose qu’il considère, à ce moment-là, comme beaucoup plus important.
Lorsque je rencontre un chien inquiet, l’objectif ne consiste donc pas uniquement à lui demander davantage d’exercices.
Multiplier les : « Assis » « Au pied » « Regarde-moi » « Pas bouger » peut parfois masquer momentanément certains comportements sans agir sur l’origine émotionnelle. L’éducation reste évidemment utile.
Mais lorsqu’une émotion forte est à l’origine du problème, il faut également travailler sur ce que ressent le chien.
Comment aider un chien qui vit beaucoup de stress ?
Il n’existe pas de recette universelle. Chaque situation doit être adaptée au chien, à son environnement et à son histoire. Cependant, plusieurs principes sont importants.
Réduire momentanément certaines difficultés
Un chien constamment placé dans des situations qu’il ne parvient pas à gérer aura beaucoup de mal à progresser.
Il faut parfois diminuer temporairement l’exposition à certains déclencheurs.
Cela ne signifie pas enfermer le chien dans une bulle.
Cela signifie simplement lui permettre de retrouver une marge de sécurité suffisante pour apprendre.
Travailler avec suffisamment de distance
La distance est un outil particulièrement important avec les chiens craintifs ou réactifs. À vingt mètres d’un congénère, un chien peut encore observer, réfléchir et communiquer. À deux mètres, il peut être complètement dépassé.
Le bon apprentissage commence généralement avant que le chien ne perde ses capacités à gérer la situation.
Le repos est souvent sous-estimé. Certains chiens ont un quotidien extrêmement chargé : balades longues, jeux de balle, entraînement, rencontres, activités, sorties, visites…
Un chien n’a pas besoin d’être occupé en permanence.
Il doit également apprendre et pouvoir :
dormir
récupérer
observer calmement
rester sans sollicitation
simplement ne rien faire
Un chien fatigué physiquement et émotionnellement peut devenir plus sensible aux événements du quotidien.
Pour certains chiens anxieux, la prévisibilité est particulièrement rassurante. Des habitudes relativement stables permettent au chien de mieux comprendre ce qui va se produire.
Cela peut concerner :
les sorties
les périodes de repos
les repas
les interactions
certains rituels du quotidien
Prévisible ne signifie pas rigide. Il s’agit simplement d’offrir au chien suffisamment de repères.
Un chien qui peut choisir de prendre de la distance, de renifler, de ralentir ou de s’éloigner peut parfois mieux gérer une situation qu’un chien constamment contraint.
La possibilité de faire certains choix participe à son sentiment de contrôle sur son environnement. Et ce sentiment de contrôle peut jouer un rôle important dans son confort émotionnel.
Une erreur fréquente consiste à penser :
« Il faut qu’il s’habitue. »
On place alors directement le chien dans une situation difficile en espérant qu’avec suffisamment d’exposition, il finira par comprendre qu’il n’y a pas de danger. Le risque est au contraire de renforcer son émotion si l’expérience est trop intense.
Un travail progressif consiste à présenter la situation à une intensité que le chien peut encore gérer, puis à avancer petit à petit.
Une autre idée encore fréquemment entendue est : « Ne le rassure surtout pas, sinon tu renforces sa peur. »
Une émotion n’est pas un simple comportement que l’on récompense avec une caresse. Si votre chien recherche votre proximité dans une situation difficile, vous pouvez lui apporter du soutien.
L’important est surtout de rester attentif à ce qu’il souhaite. Certains chiens recherchent le contact. D’autres préfèrent prendre de la distance. L'accompagnement doit donc être adapté au chien.
Lorsqu’un chien aboie, grogne, tire, fuit ou refuse d’avancer, notre première réaction consiste souvent à vouloir arrêter immédiatement le comportement.
Pourtant, une question devrait parfois précéder toutes les autres : « Pourquoi mon chien fait-il cela ? »
S’il agit parce qu’il est en difficulté émotionnelle, supprimer uniquement le comportement visible ne réglera pas nécessairement la cause.
Un chien qui a peur n’a pas besoin qu’on lui démontre qu’il « n’a aucune raison d’avoir peur ». Pour lui, à cet instant, cette émotion est réelle.
Notre rôle consiste à l’aider progressivement à retrouver suffisamment de sécurité, de prévisibilité et de confiance pour pouvoir observer son environnement autrement.
La peur, l’anxiété et le stress ne sont pas synonymes. On peut retenir simplement :
La peur : le chien réagit face à une menace présente.
L’anxiété : le chien anticipe une menace ou une situation potentiellement désagréable.
Le stress : l’organisme mobilise ses ressources pour faire face à une situation.
Le stress chronique : les situations stressantes persistent ou s’accumulent et le chien ne bénéficie plus d’une récupération suffisante.
Comprendre ces différences permet de porter un autre regard sur certains comportements. Parce qu’en éducation canine, le comportement visible n’est souvent que la partie émergée de l’iceberg. Avant de demander au chien de changer ce qu’il fait, essayons donc de comprendre ce qu’il ressent et pourquoi il le ressent. C’est souvent à partir de là que commence le véritable travail.
Contact : 06 74 79 19 78